« Ni super héroïnes, ni pop ni rock stars, plus tout à fait non plus des bêtes de meuf.
Encore que… »
« Ni super héroïnes, ni pop ni rock stars, plus tout à fait non plus des bêtes de meuf.
Encore que… »
« Je veux garder la trace de nous mais une trace à notre mesure, à notre hauteur. Pas sur papier glacé, on ne s’y reconnaîtrait pas.
Je veux nous souvenir de nous.
Nous partager.
Avant de se quitter.
Avant de repartir dans nos mondes si étanches.
De retrouver le confort doudouillet de nos certitudes habituelles et de nos habitudes certaines.
Je veux de nous des photos souvenirs.
Des espèces de polaroïds. »
L’Embellie a souhaité publier ce texte afin de laisser aux participants et partenaires une trace de ce projet menée sur deux années. Cette publication rend honneur à l’investissement des participants, leur travail et leur générosité. Il témoigne de la richesse et de l’importance pour chacun.e, pour les habitant.es, les artistes et les acteurs culturels de ce type de résidences et de travail de territoire.
Petite scène
C’est vous, alors, l’écrivaine ? elle me demande en montant dans le car.
C’est ça !
Ça se voit, vous avez la tête !
Ah bon ?
Oui.
Et j’ai quelle tête au juste ?
Ben celle d’une écrivaine !
La dame se marre et part s’asseoir au fond du car.
Je me demande si dans un car de personnes d’environ 70 ans, on retrouve aussi assises aux dernières rangées les plus intrépides.
La dame s’appelle Nicole.
Nicole est pomponnée brushée.
Malgré l’heure matinale.
Ça m’épate.
Moi qui ai juste eu le temps de rassembler vite fait mal fait mes cheveux dans un vieil élastique, ça m’épate.
Est-ce que c’est ça, Nicole, une tête d’écrivaine ? Ce serait ça ? Une tête de 5h du mat un peu hébétée pas très apprêtée ?
Nicole ne m’appellera jamais par mon prénom.
Je resterai pour elle et pour toujours « madame l’écrivaine ».
Une dénomination empreinte de respect, voire d’une obséquiosité largement teintée de dérision. Parce qu’évidemment ça l’amusera beaucoup de m’appeler ainsi. Instaurant tout à la fois distance et connivence. Elle me coince dans un statut qui souligne ma différence mais son « madame l’écrivaine » c’est toujours un clin d’œil qui, me reconnaissant une place, certes particulière, m’en fait quand même une, de place.
Ça l’intriguera toujours, je crois, ma présence à ses côtés, à leurs côtés et peut-être que ça la flattera un peu aussi qu’une écrivaine puisse être là, à s’intéresser à elle mais quelle piètre écrivaine je dois être, justement, pour m’intéresser à elle.
Pense-t-elle. J’en suis à peu près sûre.
Là où certaines et certains m’ignoreront superbement jusqu’à la fin du séjour, Nicole aura toujours une attention particulière pour moi.
Elle demandera au bar si on ne peut pas me trouver un bureau pour que je sois bien installée.
Regardez-la ! Travailler ici dans ce bar avec tout ce bruit, tout ce passage, c’est pas digne d’une écrivaine, hein Madame l’écrivaine ?
Elle réclamera une tarte aux myrtilles pour madame l’écrivaine quand j’arrive trop tard au buffet des desserts.
Me servira un p’tit verre de rouge. À moins qu’elle préfère un blanc, Madame l’écrivaine ?
La Maison de la Culture et des Loisirs de Gauchy (02)
Le CASOC (Centre d'animation socio-culturel) de Fresnoy-le Grand (02)
Le centre socio-culturel de Bohain (02)
La DRAC Hauts-de-France